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Le reste de l'année
Il y a quelques semaines, douze millions d'Haïtiens regardaient la même chose au même moment. Le ballon roulait, et sur l'île comme dans la diaspora, un seul peuple retenait son souffle en même temps. Puis la Coupe du Monde s'est terminée. Une équipe a soulevé le trophée, et — comme nous l'avions écrit avant le coup d'envoi — ce n'était pas la nôtre. Les rues ont retrouvé leur bruit ordinaire.
Avant le tournoi, nous avions laissé une promesse au bas de notre premier texte : le sentiment d'être ensemble n'a pas besoin de finir avec le tournoi. Ce texte-ci est la façon dont nous la tenons.
Un Mondial, pour Haïti, arrive une fois par demi-siècle. Cinquante-deux ans ont séparé Munich 1974 de 2026. On ne peut pas demander à un peuple d'attendre cinquante-deux ans entre deux moments d'appartenance. Ce sentiment-là — lè nou ansanm — doit vivre quelque part le reste du temps. Il vit dans le club de la ville. Il vit dans le maillot du quartier.
Nos clubs sont plus vieux que la crise. Ils sont plus vieux que la plupart de ce qui tient encore debout dans ce pays.
Le Violette Athletic Club a été fondé en 1918. Cent-huit ans. On l'appelle le Vieux Tigre, et il porte bien son nom : sept fois champion d'Haïti, il a survécu à des occupations, à des dictatures, à des séismes et à des effondrements que des institutions bien plus puissantes n'ont pas traversés. Le Racing des Gonaïves, lui, est né en 1962 dans la cité de l'Indépendance ; champion national en 1996, en 2008, en 2016, il joue au Parc Sténio Vincent, et pour tout un département il n'est pas une équipe parmi d'autres — il est l'équipe.
Ces noms-là ne dépendent d'aucun mandat, d'aucune élection, d'aucune conjoncture. Un club de football, c'est l'une des rares adresses fixes qu'il reste. Le régime change ; le maillot reste.
C'est cela qu'un club local est, et qu'aucune sélection nationale ne peut être : un rendez-vous hebdomadaire, et non pas cinquantenaire.
L'enfant qui tape dans un ballon sur un terrain vague de Gonaïves ne rêve pas d'abord d'un club européen qu'il ne verra jamais. Il rêve du maillot qu'il voit passer dans sa propre rue. Le club, c'est le premier drapeau à la taille d'un enfant — assez grand pour qu'on en soit fier, assez proche pour qu'on y appartienne vraiment.
Il y a une pyramide dans le football haïtien, et nous avons pris l'habitude de ne regarder que son sommet.
La Fédération Haïtienne de Football a plus d'un siècle. Au-dessus d'elle, il y a les Grenadiers, que le monde entier a vus en juin. Mais sous les Grenadiers, il y a le championnat ; sous le championnat, les clubs ; sous les clubs, les terrains de quartier où tout commence. Une nation qui ne regarde que le sommet finit par oublier qu'elle a une base — et c'est la base qui fabrique le sommet. Chaque Grenadier a d'abord porté le maillot d'un club, dans une ville, devant des gens qui connaissaient son nom avant le monde.
Alors sports.bvn.app tourne son regard.
Les Grenadiers ont fait leur travail : ils nous ont rendu, pour un mois, une seule attention partagée. Ce travail-là est fait. À partir d'aujourd'hui, nous portons le nôtre vers ceux qui portent l'appartenance le reste de l'année — les clubs. Leur histoire, leurs couleurs, leurs matchs, et surtout les gens qui les font vivre : dirigeants, joueurs, supporters, correspondants dans chaque ville.
Nous commençons par ceux qui veulent une maison ici. Le Racing des Gonaïves a déjà la sienne. La porte est ouverte à chaque club qui en veut une — pas pour figurer dans un classement, mais pour avoir, enfin, un endroit qui raconte qui il est.
Le drapeau national nous a réunis un mois. Le maillot de la ville nous réunit toute l'année.
C'est pour cela que sports.bvn.app existe. Et c'est la suite exacte de la phrase que nous avons portée pendant le Mondial : yon sèl sou teren an, yon sèl tout kote. Un seul sur le terrain, un seul partout — puis, quand le terrain se vide et que le monde s'en va : chak vil gen pa l. Chaque ville a le sien.
Restez avec nous. Le Mondial est fini ; la saison, elle, ne finit jamais.
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